Bruxelles, le 21/03/2025
L’invasion de l’Ukraine par la Russie et les récents rapprochements entre le dirigeant russe et Donald Trump nous rappellent une évidence : si l’Europe veut assurer la paix sur son territoire, elle doit préparer la guerre.
La mobilité militaire : un parcours du combattant
Parmi les questions que soulève le réarmement de l’Europe, se pose celle de la logistique -le plus fondamental des champs militaires pour transporter troupes et matériels en cas de conflit. Aujourd’hui, cela relève du parcours du combattant. En 2022, les chars Leclerc français devaient rejoindre une base de l’OTAN en Roumanie et se sont heurtés au refus d’un pays membre, l’Allemagne, de voir ses routes traversées par nos chars de 56 tonnes et porte-chars de 37 tonnes. Pour contourner cet obstacle, la seconde alternative a été de transporter les chars par rail. Cependant, les infrastructures se sont révélées inadaptées : certains ponts ferroviaires ne supportaient pas le poids des chars, et l’écartement des rails différait entre États membres.
Au total, il a fallu quarante-cinq jours pour que les chars français atteignent la Roumanie, alors qu’il en faudrait moins à la Russie pour gagner une offensive contre un pays membre de l’Union européenne.
Le nerf de la guerre
Ces difficultés de déplacement militaire sont désormais connues. Le deuxième obstacle est le financement. Dès 2018 le Secrétariat européen des affaires étrangères (SEAE) préconisait un budget de 6,7 milliards d’euros pour la mobilité militaire. En réalité, nous ne disposons que de 1,7 milliards d’euros, bien loin des recommandations initiales.
Bien évidemment, je salue les annonces du commissaire Apostolos Tzitzikostas d’augmenter les fonds jusqu’à 70 milliards d’euros. Il convient de commencer par cartographier les infrastructures à renforcer, puis d’y flécher des financements spécifiques. Contrairement à ce que suggère le rapport de la Cour des comptes européennes sur la mobilité militaire, il ne sert à rien de puiser dans le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), car même totalement mobilisé, il ne suffirait pas à répondre aux besoins de la mobilité militaire. Laissons-le financer les infrastructures civiles pour atteindre les objectifs de décarbonation et de modernisation des transports quotidiens.
Il faut financer la mobilité militaire sans porter atteinte aux autres objectifs européens.
Un espace Schengen militaire ?
Pour être à la hauteur des menaces internationales croissantes, les États membres de l’Union européenne doivent réagir. A quoi bon se réarmer si nos troupes et matériels ne peuvent disposer d’un espace Schengen, pour relier le potentiel front à l’arrière ?
Après plus de trois ans de guerre en Ukraine, les Européens attendent des réponses et l’assurance de leur sécurité.
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Chiara Pannunzio
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