Bruxelles, le 6 mars 2025
Le secteur automobile traverse une crise profonde. En 2024, 88 000 suppressions d’emplois ont été annoncées en Europe, dont 35 000 rien que pour Volkswagen. Le Plan d'action industriel pour le secteur automobile européen présenté par la Commission européenne était donc vivement attendu.
Une remise en cause des objectifs de décarbonation
Parmi les annonces faites, une des principales concerne l’extension à trois ans de la période d’examen relative aux objectifs de 2025 sur les émissions de CO².
Je l’ai rappelé fortement à Stéphane Séjourné que j’accompagnais en visite à l’usine Renault de Douai : « Cette clause de revoyure ne peut en aucun cas être une clause d’abandon des objectifs du Pacte vert ».
La nécessité de prendre en compte la question sociale
Sur le soutien aux travailleurs de l’automobile, la Commission souhaite amender le Fonds de soutien à la mondialisation pour rendre sa mobilisation plus rapide et étendre son application aux entreprises en cours de restructuration. Nous regrettons que le montant reste limité à 205 millions d’euros par an.
Enfin, sur la demande, rien n’est fait en réalité pour promouvoir la construction d’un véhicule électrique bon marché disponible aux catégories populaires. C’est pourquoi j’ai interpellé M. Séjourné et les industriels présents sur la nécessité d’un véhicule accessible autour de 15 000 euros.
Des mesures qui vont également dans le bon sens
Je me félicite en premier lieu du soutien au leasing social européen à travers les plans nationaux du Fonds social pour le climat, qui permettra aux plus modestes d’avoir accès à un véhicule électrique.
L’annonce d’une proposition législative sur le verdissement des flottes d’entreprise est également une bonne nouvelle, alors qu’elles représentent 60 % des véhicules neufs achetés en Europe. Ce mécanisme permettra l’émergence d’un marché de l’occasion électrique même s’il ne doit se substituer durablement à la possibilité pour le grand public d’acheter des véhicules neufs.
Une place accordée au Made in Europe
Ces deux grandes mesures doivent cependant, comme c’est le cas en France pour le leasing social, défendre l’achat de véhicules Made in Europe.
Ce plan comporte également deux changements de paradigme majeurs.
Avec le Pacte pour une industrie propre et ce plan de soutien, la Commission défend enfin les aides d’État. Nous aurions cependant aimé qu’elle le fasse également en soutien au fret ferroviaire.
Il faut également saluer le souhait de la Commission européenne de défendre une part minimum de contenu Made in Europe dans les pièces détachées, en particulier pour les batteries. Je salue aussi les mesures de défense commerciale esquissées contre la Chine.
Un retour aux accords commerciaux du passé
Enfin, ce plan comporte une grande source d’inquiétude : sa promotion des accords de libre-échange comme sources de débouchés pour l’industrie automobile. Rien n’empêchera nos concurrents d’utiliser ces vastes zones économiques pour faire entrer inonder le marché européen de produits au détriment de nos industries.
Au sein de la Commission des Transports du Parlement européen, je serai bien sûr investi sur les traductions législatives de ce Plan, pour réaffirmer nos objectifs climatiques et défendre les travailleurs.
François Kalfon
Député européen (S&D)