L'Union européenne a annoncé mercredi 12 mars son intention de riposter, à partir du 1er avril, au déclenchement des hostilités commerciales par les États-Unis.
« L’UE a été conçue pour entuber les États-Unis. C’était l’objectif et ils y sont parvenus. Mais désormais je suis le président ». - Donald Trump, 47e président des États-Unis.
L'imposition de droits de douane de 25 % sur les importations d’acier et d’aluminium aux États-Unis, annoncée le 26 février, aura des conséquences lourdes pour l'économie européenne. Selon les prévisions pessimistes, la guerre commerciale pourrait réduire la croissance de la Zone euro de 1,5 % d'ici à 2028[1].
En France, l'agroalimentaire, le luxe, les spiritueux, mais surtout l’automobile seraient particulièrement vulnérables, si la guerre commerciale devait s’intensifier, mettant en péril des centaines d'emplois.
Des mesures de rétorsions sont la réponse la plus évidente à court terme afin d’engager le bras de fer avec les États-Unis. C’est le seul langage que comprend Trump : la menace de contre-attaque commerciale du Canada sur les produits américains a provoqué une pression de Wall Street face à laquelle il a déjà battu en retraite par deux fois.
Mais il nous faut également une réponse structurelle : alors que les rapports Draghi et Letta ont documenté la nécessité pour l’UE de relancer sa compétitivité, il est regrettable que la Commission européenne ait présenté une « Boussole de la compétitivité » pointant largement vers la dérégulation, même si le futur Clean industrial deal apporte quelques espoirs de rééquilibrage.
Mario Draghi avait d’abord insisté sur l’impérieuse nécessité de dégager de nouvelles ressources et de s’appuyer sur la commande publique ciblée pour investir massivement dans les secteurs stratégiques.
Dans le contexte du désengagement américain d’Ukraine et de la menace russe, le plan RearmUE mobilisant 800 milliards d’euros, dont 150 de prêts européens à destination des États-membres, prend la direction d’un renforcement de nos industries, grâce à la clause de préférence européenne qu’il contiendra.
Il faut se réjouir que la réaction européenne soit à la hauteur et que la Commission, le Parlement et les chefs de gouvernement réunis au Conseil européen soient alignés sur cet objectif.
Il est grand temps que l’UE abandonne les vieilles lunes néolibérales et se décide à armer le Vieux continent alors que la guerre (commerciale) est à ses portes.
Source
[1] Prévisions de Goldan Sachs en juillet 2024 (URL : https://www.ecb.europa.eu/pub/pdf/sintra/ecb.forumcentbankpub2024_Hatzius_presentation.en.pdf) et de la banque néerlandaise ABN Amro en août 2024 (URL : https://www.abnamro.com/research/en/our-research/global-monthly-what-trump-tariffs-would-mean-for-europe)
Illustration générée par l'intelligence artificielle.